Il était une fois quatre garçons orphelins : Tom qui avait 13 ans, Jacques 12 ans, Max 11 ans et Johnny qui avait… et bien, personne ne savait quand il était né, mais il devait être environ du même âge que les autres . Ces quatre garçons portaient des vêtements en haillons et vivaient dans le couloir d’un bâtiment abandonné .
Ils étaient pauvres, mais ils avaient quelque chose de très spécial . Oui, ils étaient tous meilleurs amis ! Leur camaraderie les rendait riches en amour et en bonheur, en réconfort et en soutien les uns pour les autres, car ils s’aimaient tous profondément et étaient toujours là pour s’entraider pendant les moments difficiles .

Chaque jour, cette bande de quatre se rendait au centre ville et mendiait pour de la nourriture ou de l’argent . Et puis ils se baladaient dans les rues en jouant au foot, au chat, ou à cache-cache .
Parfois, quand les choses devenaient difficiles pour eux ils prétendaient qu’ils vivaient dans un beau palais, avec de la nourriture succulente, des jardins luxuriants* et des parents qui leur donnaient tout ce qu’ils désiraient . Ils pensaient que tout cela pourrait les rendre vraiment heureux .
Mais un jour ils rencontrèrent un autre garçon qui allait tout changer.
– Et, les gars, dit Jacques, regardez ce petit riche là-bas . Voilà notre chance de payer notre déjeuner ! Il va peut-être nous donner un peu d’argent pour manger. – Salut, comment t’appelles-tu ?
– Euh . . . c’est Jimmy, répondit-il avec un peu d’hésitation, étant surpris par tant de gamins des rues qui s’approchaient brusquement de lui .
– Ce doit être vraiment merveilleux d’être riche, s’exclama Max . Tu dois être super heureux . Nous, on est pauvres, mais je ne dirais pas qu’on est tristes, parce que nous sommes copains, pas vrai ?
– Pour sûr ! répondirent-ils tous en cœur .
– Et bien, dit Jimmy tristement, être riche ne suffit pas à vous rendre heureux, si vous n’avez pas d’amis ni personne avec qui jouer . En fait, je vous regarde et je vois que vous avez quelque chose que je n’ai pas – vous avez de la camaraderie . J’ai peut-être des choses matérielles, mais je suis tout seul la plupart du temps . Je voudrais bien avoir de bons copains comme vous, je pense que les
amis sont plus importants que les richesses .
– Vraiment, tu crois ça ? dit Jacques tout surpris .
– Non, Johnny ajouta en ricanant . C’est impossible . Si j’étais riche je serais tellement heureux avec toutes mes possessions, que je ne pense pas que j’aurais vraiment besoin d’amis .
– Je ne sais pas, ajouta Jacques . Je n’arrive pas à imaginer ma vie sans vous tous, mais je voudrais bien essayer d’être riche pour quelque temps !
Les garçons continuèrent à discuter en débattant la question . Puis, Jimmy eut une idée .
– Et bien, Jacques, dit Jimmy . Tu me ressembles beaucoup, pourquoi ne pas essayer ? Mon père est tellement occupé, qu’il ne me parle guère . Je suis sûr qu’il ne remarquerait même pas la différence .
– Bon-sang, ce serait vraiment génial !!! Je rentrerais dormir dans un lit bien chaud, manger de la nourriture délicieuse, vivre dans une belle maison . . . Jacques dit doucement, perdant quelque peu son enthousiasme .
« Es-tu sûr de vouloir rester ici, Jimmy ? Tu es sûr que ça ira ? »
– Je suis persuadé que ce sera super pour moi, déclara Jimmy . Je vais enfin pouvoir profiter d’une aventure dans ma vie !
C’est ainsi que Jacques et Jimmy échangèrent leurs places . C’était très amusant pour les garçons . Jacques était impatient d’essayer d’être un enfant riche ; et Max, Johnny et Tom avaient hâte de montrer à leur nouvel ami à quoi ressemblait la vie dans la rue et de lui raconter toutes leurs histoires passionnantes .
Maintenant, nous allons laisser Jacques nous raconter l’histoire :
« Nous sommes tous montés à bord du bus en direction de la maison de Jimmy . En chemin, Jimmy m’expliquait tout ce que j’aurais besoin de savoir pour me faire passer pour lui .
Quand nous sommes arrivés, ils sont tous restés au coin de la rue pendant que je me dirigeais vers le portail, la tête baissée . Ils m’observaient sans dire un mot .
Lorsque le maître d’hôtel ouvrit, il me salua :
– Ah, jeune maître Boulanger, le souper vous attend .
En entrant, j’essayais de me comporter aussi décontracté que possible, en suivant les instructions que Jimmy m’avait données . Je me suis assis à une extrémité de la table, en faisant de mon mieux pour ne pas regarder partout . Le père de Jim était assis à l’autre bout de la table, et comme l’avait dit Jim, il ne semblait guère me remarquer . À la fin du repas, en se levant pour quitter
la table, il dit simplement :
– Jimmy, je sais que c’est le week-end, mais j’ai une très longue journée demain avec des affaires dont je dois m’occuper . Un des serviteurs pourra te conduire où tu veux . Je te verrai demain au dîner .
– Merci, Père, répondis-je, pas de souci .
Sans même un bonsoir, le père de Jimmy quitta la table . Moi, ça ne me dérangeait pas ; en fait, j’étais plutôt soulagé de ne pas avoir à parler plus que ça, car j’aurais probablement été démasqué .
Je me suis alors dirigé là où je savais trouver la chambre de Jimmy . J’y suis entré et j’ai découvert le lit immense avec les draps de soie et les oreillers moelleux .
Un bain chaud m’avait été préparé, alors je me plongeai dans la baignoire et en savourai le confort .
Cette nuit-là j’ai dormi comme un bébé . C’était la première fois que je dormais dans un vrai lit .
Le lendemain matin, je me demandai comment allait Jimmy . Après le petit déjeuner, je me suis rendu dans un magasin de jouets pour acheter un train électrique, comme j’en avais toujours rêvé . Je l’ai fait livrer à la maison et j’ai passé l’après-midi à l’assembler . Après avoir tout installé et laissé le train faire quelques tours de piste, je m’en suis lassé . Ce n’est pas vraiment amusant de
jouer avec un train électrique quand on est tout seul – Ce n’est pas pareil quand on n’a personne
avec qui partager le plaisir .
Ce soir-là, j’ai commencé à me sentir un peu solitaire . Je me demandais si c’était ce que Jimmy voulait dire, qu’il valait mieux avoir des amis que des richesses . J’avais envie de retourner voir mes amis . La nuit venue, j’ai eu beaucoup de mal à m’endormir . Je ne pouvais pas m’empêcher d’imaginer ce qu’ils faisaient, et comme ils devaient s’amuser ensemble .
Lorsque je me suis réveillé le lendemain matin, je pris la décision de rejoindre Jimmy et mes amis . Je sortis de la maison sans me faire remarquer . Je me dirigeai vers le vieux bâtiment, et, comme je m’y attendais, je les trouvai assis par terre tous ensemble, en train de jouer . Jimmy était radieux ! Oh ! Comme il avait changé !
– Jimmy, je veux reprendre ma place ! Je ne veux plus être à toi . C’est toi qui avais raison, ce n’est vraiment pas drôle ! Il n’y a personne à qui parler, personne avec qui jouer . Je veux redevenir moi-même — tant pis si je suis pauvre .
Mes amis avaient l’air très surpris .
– Tu veux redevenir pauvre ?
Je riais en moi-même . Cela semblait bizarre, mais c’était ce que je voulais .
A contre-coeur, Jimmy accepta de rentrer chez lui et de retrouver son père . Nous décidâmes de l’accompagner. Comme d’habitude, le maître d’hôtel ouvrit la porte mais il fut très surpris de voir Jimmy entouré de quatre orphelins hétéroclites*. Mais Jimmy lui dit que nous étions ses amis et, à force de persister, le maître d’hôtel nous laissa entrer à contrecœur.
Jimmy raconta à son père tout ce qui s’était passé, que depuis deux jours il n’avait pas été à la maison, et que son père n’avait même pas remarqué.
Son père l’écouta avec stupéfaction, puis commença à se mettre en colère, le grondant pour avoir fait la folie de rester dans la rue avec des mendiants.
Alors, devant son père surpris et choqué, Jimmy fit signe à Tom, Jacques et aux autres d’entrer chez lui.
– Père, je ne veux plus vivre ici. Tu es tellement occupé que tu ne me connais même plus. Je préfère rester avec eux. Ce sont mes amis. Je veux pouvoir être heureux et me sentir aimé et apprécié. Ces garçons sont là pour moi. Un par un, il nous introduisit par nos noms.
Tout à coup, le visage de son père s’attrista. On aurait dit qu’il allait se mettre à pleurer. Il avait été tellement occupé qu’il n’avait jamais deviné combien Jimmy se sentait seul. Il pensait qu’en lui donnant tout ce qu’il voulait, Jimmy serait heureux, mais il ne l’était pas.
– Jimmy, dit-il d’une voix tremblante, je… je t’aime, certainement plus que je ne te l’ai montré, et je regrette de ne pas avoir été disponible pour toi, comme j’aurais dû l’être. En ce qui concerne tes nouveaux amis, pourquoi ne pas les inviter à rester avec nous pendant quelque temps ?
– C’est vrai, tu ne plaisantes pas ? s’exclama Jimmy.
– Bien sûr, mon fils. Nous avons beaucoup de chambres dans la maison, et je suis sûr que ce serait beaucoup mieux que ce qu’ils ont maintenant.
Les larmes aux yeux, Jimmy, pour la première fois depuis des années, se jeta au cou de son père et l’embrassa.
– Merci Père, moi aussi je t’aime ! s’exclama Jimmy.
Et c’est ainsi que Mr. Boulanger nous a tous invités à vivre chez lui ce jour-là et nous prit sous ses ailes, comme s’il était notre propre père. Il nous apprit à rester propres et nous envoya même à l’école où nous avons appris beaucoup de choses utiles. Mais nous prenions aussi le temps de sortir et de nous amuser avec Jimmy, son père et les autres enfants du quartier.


